Historique du projet Stigmar
I. L'origine du projet
Tout a commencé par un cadeau.
Bruno Viggezi, passionné de cinéma argentique, m'a offert un objectif atypique de la marque française Kinoptik. Contrairement aux célèbres Apochromat conçus par George Grosset, cet objectif appartient à une série aujourd'hui largement oubliée. Sur sa bague frontale, on peut simplement lire : Stigmar – Kinoptik – Focale 68 mm.
À cette époque, je ne connaissais pratiquement rien de cette optique.
Le nom Stigmar trouve son origine dans le grec ancien στίγμα (stígma), qui signifie « marque » ou « piqûre ». Mais il fait surtout référence aux objectifs anastigmatiques, des formules optiques conçues pour corriger l'astigmatisme et offrir une image parfaitement nette sur toute la surface du champ. Les Stigmar sont également des optiques aplanates et apochromatiques, des caractéristiques qui expliquent leurs performances exceptionnelles.
En poursuivant mes recherches, je découvre que les Stigmar ont été développés par Kinoptik au début des années 1950 pour répondre aux besoins du microfilm. Ils équipaient notamment les appareils Microjumma fabriqués par Debrie, utilisés dans les services d'archives et les ateliers de microfilmage. Leur mission était simple : reproduire fidèlement des milliers de documents avec une précision extrême.
Cette exigence explique leurs performances. Les Stigmar annoncent un pouvoir résolvant supérieur à 100 paires de lignes par millimètre sur l'ensemble du champ, une valeur remarquable encore aujourd'hui. Les focales 65 mm, 68 mm et 75 mm couvrent le format 24 × 36 mm tout en offrant une image parfaitement corrigée, sans distorsion perceptible ni perte de définition dans les angles.
L'exemplaire que je possède, portant le numéro 32838, présente une particularité supplémentaire. Il ne s'agit plus d'un objectif de microfilm dans sa configuration d'origine. Son bloc optique a été adapté en monture C par Evgeniy Zubenko, photographe ukrainien et ancien rédacteur en chef de la principale revue photographique de son pays. Curieux d'en connaître l'histoire, je prends contact avec lui. Il me confirme avoir réalisé cette transformation avec l'aide d'un ami opticien, quelques années avant le début de la guerre en Ukraine.
Leur travail est remarquable. Sans modifier la formule optique d'origine, ils ont intégré un iris variable directement à l'intérieur du bloc optique et conçu une nouvelle monture permettant son utilisation sur des appareils photographiques et des caméras numériques modernes.
Grâce à cette adaptation, le Stigmar peut désormais être monté sur une caméra Blackmagic et exploiter pleinement un capteur plein format tout en conservant son caractère optique d'origine.
Naturellement, je n'ai pas résisté à l'envie de l'essayer.
Conçu pour photographier des documents d'archives, cet objectif n'avait jamais été pensé pour filmer des paysages, des visages ou raconter des histoires.
Les premiers essais ont pourtant été une véritable révélation.